LA VALEUR DU HIJAB À L’ÉTRANGER

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    Vous savez, parfois nous nous sentons tellement déprimés et nous pensons que si une baguette magique ne venait pas toucher nos vies, nous ne pourrons pas nous débarrasser de nos problèmes. Lorsque je suis allé en Corée en 2012, j’étais dans l’espoir que cette baguette magique change ma vie.

    Je suis allé rencontrer nos amis turcs dans la ville de Busan. Alors que nous étions à Busan, nous voulions en profiter pour manger de la nourriture turque. Le restaurant était juste au-dessus de la mosquée Al-Fatah. Mon amie est venue à la mosquée pour prier avec une amie musulmane coréenne. C’était la première fois que je voyais une musulmane coréenne.

    Même si nous étions de nationalités différentes, nous nous sommes retrouvés dans une conversation agréable autour de l’amour de la fraternité religieuse. Le soir, nous nous sommes assis en cercle à l’intérieur de la mosquée. Tout le monde s’est levé et s’est présenté. Le seul mot qui a attiré mon oreille était “(ib-gyo)” qui signifie « introduction à la religion » en coréen. Tout le monde parlait de la date de leur conversion à l’Islam, de ce qu’ils avaient fait par la suite et de leurs projets futurs. Quand ce fut mon tour, j’ai commencé à paniquer.

    Que leur dirais-je ? Je n’avais pas de « ib-gyom »… Je suis musulmane depuis ma naissance, mais ni ma tenue vestimentaire ni mon comportement ne montraient que j’étais musulmane. J’avais tellement honte de moi… Je n’ai pas pu m’empêcher d’éclater en sanglots. J’étais très gênée face à ces regards curieux dirigés vers moi, sans comprendre ce qui se passait. Finalement, mon ami m’a présenté à ma place. L’embarras de ce jour m’avait suffi. Je devais commencer par quelque part pour changer, mais d’où ?

J’étais en route pour rencontrer une autre amie égyptienne à Busan. Je parlais à mon amie de mes angoisses. Soudain, mon amie m’a demandé quelque chose.

– Derya, sais-tu que le port du Hijab est obligatoire, c’est-à-dire que c’est un ordre d’Allah ?

– Oui, je sais (je me disais quel rapport ?)

– Alors qu’est-ce que tu attends ?

– Je le porterais quand je serai prête. Laisse-moi corriger ma tenue vestimentaire ainsi que mon comportement. Pour l’instant, je ne me sens pas encore prête pour cela.

– Tu sais que ces excuses sont infinies, n’est-ce pas ?

– Eh bien, tu as raison, mais… eh bien…

– Eh bien, ne regrettes-tu pas quelque part au fond de ton cœur d’avoir reportée cela de nombreuses années ?

– Oui, je le regrette.

    Dès la fin de notre rencontre, j’ai mis de côté les questions qui tournait dans ma tête. Je suis sorti et j’ai acheté un foulard vendu sous le métro et je l’ai passé sur ma tête. Ma tenue vestimentaire n’allait pas et je n’avais pas non plus d’épingle pour attacher mon foulard. Mais c’était fait, maintenant moi aussi je portais le hijab! Maintenant j’avais trouvé ma véritable identité, et je disais indirectement à ceux qui m’entourait : « Je suis une femme musulmane. » Puis une coréenne est venue vers moi et m’a dit : « Assalam Alaykoum ». C’était une musulmane coréenne et elle avait compris que j’étais musulmane grâce à mon hijab. C’est pourquoi il est si important que notre identité soit vu de l’extérieur ! Elle pourrait nous faire prendre conscience que nous appartenons à la même religion et nous rapprocher. N’est-ce pas une chose merveilleuse?

     Que s’est-il passé ensuite ? Oui, je parle de mon état dépressif dont vous vous interrogez tous. C’était fini. La baguette magique qui a touché ma vie a été mon foulard. Il m’a rappelé que j’étais musulmane. Maintenant, j’essaie de me souvenir davantage de mon Seigneur et d’être une servante digne de Lui.

     Être musulmane en Corée n’est pas facile. C’est un pays où l’on ne peut entendre l’appel à la prière que de l’intérieur de la mosquée. Puis il est presque impossible de trouver une mosquée où prier. Nous avons beaucoup prié sous les escaliers et dans les cabines d’essayage des magasins. Cependant, malgré toutes les difficultés, j’ai été témoin qu’Allah ouvre de nombreuses belles issues du moment où nous avons de pures et bonnes intentions… Peut-être que ces difficultés m’ont permis de réaliser la juste valeur de notre belle religion. Je suis étonné de ceux qui se disent musulmans mais ne prient pas. Comment pourrait-il en être autrement… Ma baguette magique et le tournant de ma vie a été mon foulard. La vôtre sera peut-être votre prière ou votre jeûne. Je ne sais pas, mais tout ce que je sais, c’est que ce qui va toucher nos vies et nous aider à nous débarrasser de nos ennuis et de nos chagrins, c’est d’essayer d’atteindre la bénédiction de notre Seigneur et de Lui faire confiance. C’est alors que tous les ennuis et soucis disparaissent.

Derya SON