LE VOISIN

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Tant de personnes différentes vivant sur ces terres fertiles ayant accueilli trente civilisations différentes, sont devenues les confidentes, les amis et les camarades les unes des autres. Mon père dit souvent qu’ « un bon voisin passe parfois avant la famille. On l’a toujours su et vécu comme ça. »

Tant de personnes différentes vivant sur ces terres fertiles ayant accueilli trente civilisations différentes, sont devenues les confidentes, les amis et les camarades les unes des autres. Lors de leurs mariages ainsi que leurs funérailles, ils étaient ensemble. Ils ne sont pas que des voisins, ils sont camarades ayant partagé des joies et des peines.

Après toutes ces années, aujourd’hui, nous nous considérons comme chanceux lorsqu’un voisin frappe à la porte de notre nouvelle maison pour nous demander si nous avions besoin de quelque chose. Parce que nous ne sommes maintenant rien d’autre qu’une communauté de personnes qui vivent sans se connaître. Nous ne sommes plus des voisins mais un groupe de personnes vivant sous le même toit sans se connaître. Concrètement, nous sommes étrangers l’un à l’autre.

Le plus drôle, c’est que nous nous plaignons tous de cette situation. Or, nous ne nous demandons jamais pourquoi nous sommes si proches physiquement les uns des autres et arrivons tout de même à rester si loin. Nous ne faisons aucun effort pour y remédier. Qu’est-ce qui était et n’est plus maintenant, ou qu’est-ce qu’il était et qu’est-ce qu’il est maintenant ? Qu’est-ce qui a changé ?

Une sorte de programmes télévisés hypnotiques a remplacé désormais notre entourage et nos voisins ; nous avons des comptes sur les réseaux sociaux et des amis virtuels avec qui on partage ce que nous mangeons, buvons, nos voyages, nos lectures et nos écrits. Des amies que nous pouvons voir que lorsque nous le voulons et supprimer d’un simple clic, dans le cas contraire.

Nous avons oublié ; les fois où nos mères nous remettaient en mains une assiette du plat préparé avec grand soin, en disant « Ma fille, apporte cette assiette à notre voisin, ils ont sûrement du sentir l’odeur du plat. » Le voisin venait avant la famille. C’était lui qui se précipitait à son secours, c’était lui qui comblait les manques. Celui qui partageait ses peines et ses repas. Le voisin était une personne de confiance. Il était celui qui était à nos côtés lors de notre meilleure journée et celui qui a soutenu pendant nos pires moments.

Nous n’avons plus en esprit le hadith du Prophète sws où il dit: « Gabriel m’a tellement parlé du droit du voisin que j’ai pensé qu’il ferait du voisin l’un des héritier. » (Tirmidhi, Birr, 28.)

Selma GÖZEN

BEĞEN